Collectif de vigilance Paris 12 pour les droits des étrangers
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Comte rendu de la Conférence débat du 18/12/07 Migrations : enjeux économiques mondiaux


Collectif de Vigilance Paris 12 ème pour les droits des étrangers

Conférence « Migrations : Enjeux économiques mondiaux »18 décembre 2007

Avec GUS MASSIAH, Président du CRID (Centre de recherche et d’information pour le développement)

Quels flux génère l’immigration ? De populations bien sûr, mais encore : flux financiers, du centre vers la périphérie, flux de compétences, de la périphérie vers le centre ? Y a-t-il une balance avantages / inconvénients pour les pays d’émigration. Peut-on encore parler de « périphérie » et de « centre » de cette façon ? Quelles sont les politiques envisageables permettant de redresser / réguler ces flux pour un intérêt économique réciproque des pays d’immigration et d’émigration ? La thématique du co-développement est tellement consensuelle et si peu mise en oeuvre qu’elle en parait suspecte. Peut-on traiter cette question en général ou y a-t-il un problème "Afrique" spécifique derrière tout cela ?

Déclaration de Gus Massiah en ouverture : "ce qui nous donne espoir, ce sont les collectifs comme le vôtre"

RAPPORT MIGRATION ET MONDIALISATION

Tout d’abord, nous allons voir les aspects généraux puis déconstruire les discours dominants. On ne peut pas réfléchir à une histoire de la société et du monde sans parler des migrations. Elles font partie de la structuration de la société et du monde. Aucune société ne peut être analysée en dehors des migrations. « il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde » Coluche

Les migrations précèdent la mondialisation telle que nous la connaissons aujourd’hui

La mondialisation capitaliste a plusieurs siècles et commence selon Fernand Braudel avec l’Age d’or de Venise au XIV et XV ème siècle Les mondialisations sont consubstantielles de l’histoire de l’humanité

Les divisions : par sexe par âge et entre nomades/sédentaires se sont manifestées très tôt

Dans beaucoup de sociétés sédentaires, on a peur du monde des nomades (voir western)

Le rapport aux migrations change avec l’émergence des Etats et des Nations. La notion d’étranger se définit par rapport à la citoyenneté. La perception de l’identité est liée à la notion d’Etat et à la formalisation des droits.

Les migrations sont marquées également par les déplacements forcés de population (esclavage, colonisation..). De nouveaux rapports de production apparaissent dans l’agriculture puis l’industrie au XVIII et XIX ème siècle : les agriculteurs sont chassés de leurs terres, les artisans ruinés.

Mais on peut également remonter à la fin du Moyen Age, avec la séparation des seigneurs et des fermiers et une migration rurale avec des migrations alternantes et saisonnières

Des formes multiples de migrations ont marqué nos sociétés et nos représentations. On rencontre en fonction du moment de l’Histoire des migrations très différentes :
- exemple des diasporas reliées au monde et pas seulement à un territoire.
-  exemple, en Yougoslavie, purification ethnique dans une spatialisation

1 peuple- 1 nation-1 territoire- cela n’a jamais existé ! Les peuples ne sont constitués que d’identités multiples.
- exemple des réfugiés liés aux guerres, coups d’état.
- autres exemples de migrations : Immigrations économiques Regroupements familiaux Coopération Exodes des cerveaux Nouvelle classe dominante mondialisée (financière, médias, instances internationales, managers etc.)

Les migrations ont structuré l’histoire du Monde et sont historiquement situées Plusieurs phases dans la mondialisation : de 45 à 80 : les 30 glorieuses ( fordisme, keynésienne..) début 80 : néolibéralisme

Actuellement prédomine l’idée simple que l’évolution de la société est liée à la croissance et à la nécessité de développer le marché mondial et « les politiques d’ajustement structurelles » On privilégie tous ceux qui peuvent développer ce marché mondial, on favorise les acteurs que sont les entreprises multinationales et on empêche les pays de mettre des barrières. La logique du marché mondial des capitaux prédomine, voilà la doxa du néolibéralisme.

Pendant la période précédente des 30 glorieuses, après les 2 guerres mondiales, le fascisme, la révolution de 17, la crise de 29, primait le développement du marché intérieur, les services publics, afin d’amener la cohésion sociale et le plein emploi Cette politique du plein emploi dans les années 60, a nécessité une forte immigration de main d’œuvre.

Quelles sont les conséquences actuelles des politiques mises en oeuvre depuis les années 80 ? Pour comprendre un système dominant, il faut comprendre les forces anti-systémiques qui portent la possibilité de construire autre chose (comme les syndicats face à l’industrialisation)

4 conséquences du néolibéralisme de 1980 à 2008

il y a de la croissance mais une montée des inégalités. La France est 2 fois plus riche qu’en 80 mais il y a 10 fois de plus de chômeurs et 10 fois plus de SDF. Il n’y a pas d’inégalités sans discriminations Il faut donc lutter sur les discriminations pour enrayer l’inégalité et changer le système de croissance

accroissement des inégalités Nord-sud Les inégalités sont liées aux guerres. Il suffit de voir les cartes des guerres et celles des matières premières : ce sont les mêmes. Plus de 2 milliards de gens vivent dans des zones en guerre.

Environnement. Le modèle productiviste remet en cause les limite des écosystèmes et met en danger les droits des générations futures.

insécurité sociale de plus en plus grande avec comme réponse des politiques sécuritaires. (dans un sondage récent 5O% des français et 76% des travailleurs craignent de devenir SDF ) Cela installe l’idée perverse qu’on ne peut régler l’insécurité que par la répression et renforce le concept de l’inné sur l’acquis (les inégalités seraient génétiques). Les pauvres seraient responsables de leur pauvreté Intolérance ou tolérance zéro, c’est la même chose. Cela met en danger les libertés et la démocratie. Les migrants sont directement concernés et prennent dans l’imaginaire la place des classes dangereuses.

Comment contester le discours dominant sur l’immigration ?

en déconstruisant les évidences sur lesquelles il s’appuie par exemple :

1-Fermeture des frontières pour maîtriser les flux et passation d’accords entre Etats

2-Lutte contre les clandestins

3-Co-développement

Face à ces 3 évidences qui apparaissent irréfutables et de bon sens on est à l’inverse d’une pensée rationnelle et rigoureuse. On construit du faux à partir du vrai par ces évidences (la démarche scientifique, tend à éprouver le faux pour aller au vrai.)

1-La fermeture des frontières : Fantasme selon lequel on peut figer une situation La liberté de circulation fait partie des droits fondamentaux (déclaration universelle des droits de l’homme) On ne peut prétexter la difficulté d’application d’un droit pour le supprimer. 2 conséquences : les visas : une politique arbitraire, souvent humiliante… refus même aux étudiants… 70 millions d’étrangers rentrent en France chaque année : on ne demande des visas qu’à 3 / 4 millions seulement, venant des zones de coopération. Par peur de « l’envahissement » on a retardé l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la CEE, de peur d’une immigration massive et c’est l’inverse qui s’est produit avec plus de retour au pays. En Allemagne, seulement 50 ou 60 OOO ont eu envie de se naturaliser « L’envie de rester est proportionnelle au droit de partir »

2-La lutte contre les clandestins Cette lutte insécurise les immigrés réguliers et peut même produire des clandestins. Les règlements font passer des immigrés réguliers dans l’irrégularité. La remise en cause des droits des étrangers entraîne la remise en cause des droits des Français ( ex : interdire à un français d’épouser un étranger) et fragilise les Français les plus pauvres.

3-Le co-développement Quand on développe un pays, ça produit de l’émigration car on introduit des contradictions. Ex : si on industrialise un secteur, on a besoin de moins de main d’œuvre et donc sur 4 personnes, 3 ne peuvent plus travailler et émigrent. La productivité entraîne de la libération de main d’œuvre En Espagne, il y a eu de l’immigration massive lors de son développement. En moins d’une génération l’Espagne est passée d’une situation de pays d’émigration à celle d’un pays d’immigration en provenance du Maghreb. Le discours du développement n’est pas faux mais sur 30 ou 40 ans, pas sur une courte période.

L’aide au développement est un leurre. L’aide publique de la France est de 6/7 milliards d’euros. Les immigrés envoient 8 / 9 milliards d’euros à leurs familles, ce qui fait dire à la banque mondiale qu’il faut les compter dans l’aide . Par comparaison les bénéfices de Total dans ces pays sont de 12 milliards en 2007 et 10 en 2006. Les rapports d’état à état se multiplient et transforment les régimes des pays d’émigration en police des frontières des pays riches. Les libertés sont bafouées, le droit d’asile est remis en cause. L’Europe se couvre de camps de rétention et des camps d’attente sont implantés dans les pays du pourtour européen.

Les propositions

- Les migrants doivent être reconnus comme des acteurs de transformation des sociétés de départ et d’accueil et du monde
- La liberté de circulation et d’établissement font partie des droits fondamentaux
- Le droit des étrangers doit être fondé sur l’égalité des droits et non sur l’ordre public et donc passe par la lutte contre les discriminations.
- Citoyenneté de résidence (vote des étrangers), fondement démocratique
- Solidarité internationale comme valeur de référence
- Garantie des droits des migrants dans le droit international…C’est une convention adoptée par l’ONU mais par aucun pays du Nord.

Ces principes permettent l’évaluation et la définition, dans les contextes et en situation, de politiques migratoires alternatives.

Convergence des mouvements dans les luttes alter-mondialistes : l’accès aux droits pour tous peut devenir le socle commun de toutes les forces anti-systémiques.


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