Collectif de vigilance Paris 12 pour les droits des étrangers
Membre du réseau éducation sans frontières                 
 

Projection de "La traversée" un film sur les migrations entre Marseille et Alger


Une projection organisée par la Ligue Des droits de l’Homme 12e avec d’Attac 12e
LA TRAVERSÉE
film d’ Elisabeth Leuvrey, 2006, 72 minutes

Avec le soutien du Collectif de vigilance Paris 12e pour les droits des étrangers /RESF et la participation du centre d’animation de la ville de Paris "La ferronnerie"
Le 16 mai 2014 à 20:00
La Ferronnerie 4, passage Stinville Paris

Métro : Montgallet
Tél : 01 43 41 47 87
Participation aux frais 5,00€
Site Web : www.claje.asso.fr

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Synopsis

Chaque été, ils sont nombreux à transiter par la mer entre la France et l’Algérie, entre Marseille et Alger. Des voitures chargées jusqu’au capot… des paquetages de toutes sortes… des hommes chargés de sacs et d’histoires. En mer, nous ne sommes plus en France et pas encore en Algérie, et vice-versa. Depuis le huis clos singulier du bateau, dans le va-et-vient et la parenthèse du voyage, la traversée replace au cœur du passage ces femmes et ces hommes bringuebalés.

Commentaire de la Ligue des Droits de l’Homme qui soutient le film

En faisant elle-même, un été, le trajet de Marseille à Alger, la réalisatrice Elisabeth Leuvrey a été fascinée par l’univers des passagers qui l’entouraient. Comme chaque été, le bateau était rempli de femmes, d’hommes et d’enfants qui transitaient entre la France et l’Algérie, parfois avec des voitures surchargées de valises et de paquets. Leurs histoires, toutes différentes, lui ont semblé passionnantes et elle a voulu en faire un film.

Pendant tout un été, elle a voyagé avec son équipe, dont une assistante maîtrisant la langue arabe, sur le bateau, en filmant des passagers pendant une dizaine de traversées. En mer, ces personnes ne sont ni en France ni en Algérie, et, dans le huis clos singulier du bateau, dans la parenthèse du voyage, elles parlent de leur situation indéfinie entre les deux pays, de leur rapport à l’un et à l’autre, de leurs attachements et de leurs répulsions. Ces femmes et ces hommes bringuebalés entre deux pays expriment leur nostalgie et leurs espoirs. On ne peut s’empêcher d’y lire une aspiration à une liberté et une citoyenneté pleine et entière, pour les hommes comme pour les femmes, sur les deux rives et dans les deux pays. C’est la raison pour laquelle la Ligue des droits de l’Homme soutient ce film.

Le commentaire de Kamel Chachoua* À travers la traversée

L’idée d’Elisabeth Leuvrey de filmer la traversée de la Méditerranée en bateau par des immigré(e)s- émigré(e)s partant ou retournant « chez eux » nous plonge au fond de la logique paradoxale de l’immigration- émigration, de l’identité et de l’altérité qui traverse toute l’œuvre sociologique d’Abdelmalek Sayad auquel la cinéaste rend un bel hommage en lui dédiant ce film.
Ce n’est pas le seul mérite de ce travail duquel émerge finalement l’ensemble du modèle théorique de Pierre Bourdieu sur la logique pratique et mythique de la pensée kabyle qu’il aimait considérer comme le réservoir de toute la pensée méditerranéenne.
Il ne s’agit pas de croiser (par une sorte d’intégrisme théorique et ethnologique) la charrue et le bateau ou la terre et la mer, ni de superposer le modèle de la maison kabyle sur le celui du navire. Il est plutôt question de traiter la mer comme un seuil , le limen , qui fournit selon P. Bourdieu « le modèle pratique de tous les rites de passage et vise à réunir ce que la nature a séparé et à séparer ce que la nature a réunis le lieu où le monde se renverse et s’inverse » ; le lieu où le monde « pivote pour reprendre l’expression d’ Arnold Van Gennep.
La traversée, qui marque le premier jour du départ et/ou d’arrivée, peut être en effet considérée comme le moment et le lieu où l’immigré(e)-émigré(e) bascule. Il passe d’un monde à l’autre, de la France à l’Algérie, du pays d’immigration à celui de l’émigration, de l’autre à soi-même, bref, d’un état à un autre (dans le sens politique et psychique du terme). Il est ainsi comparable à tous les autres êtres en situations de vulnérabilité passant d’une condition à une autre, tels le nouveau né, la/le jeune marié(e), l’enfant récemment circoncis ou encore la femme enceinte.
L’un des passagers du bateau exprime parfaitement cette situation inaugurale. Parlant de ce jour particulier du départ il dit « un jour comme celui-ci (...) c’est comme quelqu’un qui va mourir... il va au paradis. »
Le film nous montre que la traversée n’apparaît pas seulement comme la somme des moments, des choses dites ou faites par chacun des passagers durant l’intervalle qui sépare le départ de l’arrivée. La cinéaste donne à voir un véritable rituel auquel se livre, chaque année, par air ou par mer, tous les deux ans à tout le moins, chaque émigré(e)- immigré(e) ; du moins tous ceux qui ne veulent pas passer au statut de poltron, Amjah, l’émigré qui a été mangé, emporté par les délices de l’immigration (les femmes et l’alcool). C’est ce rituel de la traversée qui permet, et à la limite enjoint à tous ces hommes et ces femmes de devenir ce qu’ils sont, c’est-à-dire, des immigrés- émigrés jouant, assumant et incarnant corps et âme ce double rôle, réalisant ainsi cette fiction sociale qu’est « la double absence » ou la « double présence ».
Tout se passe en effet comme si la traversée avait pour fonction, entre autres, de préparer en la dissimulant, la collision inévitable entre ici et là-bas, entre le départ et l’arrivée, entre la présence et l’absence, entre soi même et les autres, entre l’immigré et l’émigré.
*Kamel Chachoua, Anthropologue, Chargé de recherches au CNRS à l’institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman et chercheur associé au centre national de recherches préhistoriques anthropologiques et historiques d’Alger (CNRPAH)


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